Selon les dernières données rapportées par l’Insee, le taux de chômage en France s’élevait à 7,9 % au quatrième trimestre 2025, ce qui correspond à environ 2,3 millions de personnes sans emploi. Or, il faut savoir que, derrière ce chiffre, se cachent plusieurs réalités économiques. En effet, le chômage est loin de constituer un tout indivisible et unifactoriel. Il résulte en fait de multiples causes et se décline en plusieurs catégories, parmi lesquelles le chômage conjoncturel et le chômage structurel. Souvent confondus, ces deux phénomènes obéissent pourtant à des logiques très différentes.
Dans cet article, nous décryptons ces deux concepts clés, leurs causes profondes, et explorons les solutions visant à les résorber durablement.
Le chômage conjoncturel : un phénomène lié aux fluctuations économiques
Qu’est-ce que le chômage conjoncturel ? Définition
Le chômage conjoncturel est, comme son nom l’indique, directement lié à la conjoncture économique. Aussi connu sous le nom de « chômage cyclique », il s’agit de la partie du chômage causée par le ralentissement temporaire de l’activité économique. Quand celle-ci tourne au ralenti, cela entraîne une baisse de la demande, de la production et, de facto, des besoins de main-d’œuvre. Résultat : les embauches diminuent ou s’arrêtent et les licenciements augmentent.
Dès que la conjoncture économique s’améliore, ce type de chômage est censé se résorber naturellement. Il est donc temporaire, réversible et tributaire de l’évolution des cycles économiques. Le plus souvent, il affecte plusieurs secteurs simultanément et peut avoir un impact massif, à l’échelle nationale, voire mondiale face à une crise économique de grande envergure.
Chômage conjoncturel : quelles sont les causes ?
Voici les principales causes du chômage conjoncturel :
La baisse de la demande
La demande globale regroupe l’ensemble des dépenses effectuées par les acteurs économiques (consommation des ménages, investissements des entreprises, dépenses publiques, exportations…). Lorsqu’elle diminue, les débouchés des entreprises se contractent. Ces dernières ajustent alors leur niveau de production à la baisse et réduisent leurs besoins en main-d’œuvre, ce qui se traduit par un ralentissement des embauches ou par des suppressions de postes. C’est ce qu’on appelle la théorie keynésienne, développée par l’économiste britannique John Maynard Keynes en 1936. Selon cette école de pensée, le niveau de l’emploi dépend directement de la demande globale. Lorsque celle-ci est insuffisante, le chômage augmente et l’État doit intervenir pour soutenir la croissance et l’emploi en période de crise.
Le recul de la consommation des ménages
La consommation des ménages représente un moteur essentiel de l’activité économique. Lorsqu’elle diminue (suite à une baisse du pouvoir d’achat ou à une hausse de l’épargne de précaution dans un climat d’incertitude, par exemple), les entreprises enregistrent une baisse de leurs ventes. Elles adaptent alors leur production et limitent leurs recrutements. Or, ce phénomène peut vite entraîner un cercle vicieux. En effet, le recul de l’activité entraîne une hausse du chômage, qui pèse à son tour sur les revenus et sur la consommation des ménages, accentuant d’autant plus le ralentissement économique.
La baisse de l’investissement des entreprises
Avant qu’une entreprise décide de réaliser un investissement important (achat de machines et d’équipements, construction d’usines, développement de nouveaux produits, recrutement, investissements en R&D…), elle évalue en amont la rentabilité du projet au regard de la demande future estimée.
Ainsi, lorsque les perspectives économiques se dégradent, les sociétés ont tendance à réduire, reporter ou annuler leurs projets d’investissement. Conséquence : l’activité diminue, la création d’emplois freine et la croissance ralentit.
Les périodes de récession économique
On parle de récession économique quand le PIB (Produit Intérieur Brut) est en baisse pendant au moins deux trimestres consécutifs. Dans un tel contexte, les entreprises font face à une baisse de leur chiffre d’affaires et cherchent à réduire leurs coûts. Cela se traduit souvent par des licenciements ou par un gel des embauches. Le chômage conjoncturel augmente alors rapidement et de manière significative.
Le saviez-vous ? Ce lien entre récession et chômage a été formalisé dès 1962 par l’économiste américain Arthur Okun, dans ce qu’on appelle aujourd’hui « la loi d’Okun ». Celle-ci décrit une relation empirique entre le taux de croissance du PIB et les variations du taux de chômage. Quand la croissance économique ralentit ou devient négative, le chômage augmente de façon prévisible et proportionnelle. Selon cette loi, il faudrait un certain niveau de croissance (estimé entre 1,5 % et 2 %) pour simplement stabiliser le taux de chômage. En deçà de ce seuil, le chômage augmente mécaniquement. À l’inverse, une croissance soutenue permet de le faire reculer.
Les chocs économiques externes
Le chômage conjoncturel peut également faire suite à un événement imprévu qui perturbe l’économie, tel qu’un conflit géopolitique, une catastrophe naturelle à grande échelle, une pandémie, une crise financière ou encore une hausse soudaine des prix de l’énergie. Ces événements peuvent entraîner une baisse de la demande, une hausse des coûts de production ainsi que de nombreuses perturbations dans les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, paralysant au même moment des pans entiers de l’économie et du marché de l’emploi.
Le ralentissement des exportations
Dans une économie ouverte, une part importante de l’activité dépend de la demande étrangère. Lorsque les partenaires commerciaux connaissent un ralentissement économique, ils importent moins de biens et services. Les entreprises exportatrices voient alors leur activité diminuer. Cette baisse des débouchés extérieurs peut entraîner une baisse de la production et des effectifs, ce qui a pour effet immédiat d’augmenter le taux de chômage conjoncturel.
La hausse des taux d’intérêt
Face à une augmentation des taux et un durcissement des conditions d’accès au crédit, les ménages et les entreprises limitent leurs emprunts, ce qui freine la consommation et l’investissement. L’activité ralentit, tout comme les besoins en recrutement, ce qui contribue à la hausse du chômage conjoncturel.
La perte de confiance des agents économiques
En période d’incertitude (instabilité gouvernementale, tensions géopolitiques, inflation élevée…), les ménages augmentent leur épargne de précaution et réduisent leurs dépenses. Les entreprises, elles, ont souvent tendance à adopter une attitude attentiste. Cette prudence collective accentue le ralentissement économique et contribue à la hausse du chômage conjoncturel.
La France a ainsi connu plusieurs épisodes de chômage conjoncturel au cours des dernières décennies. Parmi les plus marquants, on peut notamment citer :
- Le premier choc pétrolier de 1973 : la hausse brutale des prix du pétrole décidée par l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) a provoqué un ralentissement brutal de l’activité économique mondiale. En France, le taux de chômage, quasi nul au début des années 1970, a dépassé 1 million de personnes dès 1975.
- La crise financière de 2008-2009 : déclenchée par l’effondrement du marché des subprimes aux États-Unis, cette crise s’est rapidement propagée à l’échelle mondiale. Le crédit s’est fortement contracté, les investissements ont chuté et la consommation a ralenti. En France, l’activité économique a été très affectée, ce qui a entraîné une hausse significative du chômage, notamment dans l’industrie et la construction.
- La crise du Covid-19 en 2020 : les confinements successifs et les restrictions sanitaires ont paralysé l’économie mondiale. En France, le recours massif au chômage partiel a permis d’amortir le choc sur l’emploi, mais plusieurs centaines de milliers de postes ont tout de même été supprimés, notamment dans les secteurs de la restauration, du tourisme et de la culture.
- Le ralentissement économique de 2022-2023 : la guerre en Ukraine a provoqué une flambée des prix de l’énergie et des matières premières (le prix du gaz naturel en Europe a été multiplié par plus de 10 entre début 2021 et août 2022, atteignant des niveaux historiques). L’inflation en France a atteint 5,2 % en moyenne sur l’année 2022 (Source : Insee), le niveau le plus haut depuis les années 80. La BCE (Banque Centrale Européenne) a répondu par une hausse rapide de ses taux directeurs, freinant l’investissement et la consommation. Certains secteurs industriels, notamment ceux qui dépendent le plus de l’énergie, ont enregistré des baisses d’effectifs conséquentes.
Le chômage structurel : un déséquilibre plus profond et durable
Qu’est-ce que le chômage structurel ? Définition
Le chômage structurel est, quant à lui, lié aux déséquilibres du marché du travail. Contrairement au chômage conjoncturel, il ne dépend pas directement des fluctuations économiques à court terme mais résulte principalement d’une inadéquation entre l’offre et la demande de travail, notamment en termes de compétences, de qualifications ou encore de localisation géographique.
Ce type de chômage est également influencé par d’autres facteurs externes comme les mutations technologiques, la mondialisation, ou encore les transformations sectorielles.
Le chômage structurel est donc persistant et plus difficile à résorber, car il nécessite la mise en place de réformes de fond croisées et très ciblées.
Quelles sont les causes du chômage structurel ?
Voici les principales causes du chômage structurel :
Le déséquilibre entre les compétences et les emplois
Il s’agit d’un décalage entre les qualifications des travailleurs et les besoins des entreprises (on parle de « mismatch »). Avec l’évolution rapide des métiers (notamment sous l’effet de la transition numérique et écologique), certaines compétences deviennent obsolètes tandis que d’autres sont fortement recherchées. Résultat : des postes restent vacants, tandis que certains profils peinent à retrouver un emploi.
Les mutations technologiques
L’automatisation, la robotisation et le développement de l’intelligence artificielle bouleversent aujourd’hui le marché du travail. Certains emplois, notamment ceux impliquant des tâches répétitives à faible valeur ajoutée, disparaissent ou se raréfient, tandis que de nouveaux métiers émergent, souvent plus qualifiés. Cette transition crée des périodes d’adaptation durant lesquelles une partie de la main-d’œuvre se retrouve exclue du marché du travail.
Le niveau de qualification
En France, les travailleurs peu ou non qualifiés sont bien plus vulnérables face aux transformations économiques et technologiques. Ces derniers sont donc tout particulièrement exposés au chômage structurel.
La mondialisation et les délocalisations
Certaines entreprises choisissent de transférer leurs activités vers des pays où les coûts de production sont plus faibles. Ces délocalisations entraînent des suppressions d’emplois dans les pays d’origine, notamment dans l’industrie.
Les transformations sectorielles de l’économie
Le marché de l’emploi subit directement les effets de l’évolution de l’économie. Certains secteurs déclinent tandis que d’autres se développent rapidement (services, numérique, transition énergétique…). Ces mutations créent des déséquilibres, car les travailleurs issus des secteurs en déclin ne disposent pas toujours des compétences requises pour intégrer les secteurs en croissance.
La faible mobilité géographique
En France, les opportunités d’emploi ne sont pas réparties de façon uniforme sur le territoire. Il arrive en effet que les emplois disponibles dans un secteur donné se concentrent dans des zones dynamiques (grandes métropoles, bassins d’emploi spécifiques…) auxquelles beaucoup de demandeurs d’emploi n’ont pas accès en raison de contraintes liées au logement, aux coûts de la vie locale ou à leur situation familiale, par exemple.
Les rigidités du marché du travail
Certaines réglementations en vigueur sur le marché du travail peuvent également freiner les embauches et constituer l’une des causes du chômage structurel. Le coût du travail, les règles encadrant les contrats ou encore le niveau du salaire minimum peuvent, dans certains cas, inciter les entreprises à limiter leurs embauches.
Les discriminations à l’embauche
Enfin, le chômage structurel peut être en partie causé par des discriminations à l’embauche liées à l’âge, au genre, à l’ethnicité, au lieu de résidence ou encore à l’apparence. Ces discriminations, souvent implicites, limitent l’accès à l’emploi pour certains individus, indépendamment de leurs compétences réelles.
→ À savoir : outre le chômage conjoncturel et structurel, on distingue également le chômage frictionnel et le chômage saisonnier.
Le chômage frictionnel est un chômage temporaire lié au temps de transition entre deux emplois. Il résulte du délai nécessaire pour rechercher un poste, changer d’activité ou s’insérer sur le marché du travail, et fait partie du fonctionnement normal de l’économie.
Quant au chômage saisonnier, il correspond à des variations régulières de l’emploi liées au rythme des activités économiques au cours de l’année. Certains secteurs y sont particulièrement exposés. C’est notamment le cas du tourisme et de l’hôtellerie-restauration (avec un pic estival et hivernal) ; de l’agriculture (avec la période des récoltes) ou encore du commerce (avec les fêtes de fin d’année). Ce type de chômage est donc prévisible, récurrent et temporaire.
Y a-t-il un lien entre chômage conjoncturel et chômage structurel ?
Si le chômage conjoncturel et le chômage structurel reposent a priori sur des logiques distinctes, ils ne sont pas pour autant totalement indépendants. Dans la réalité, ces deux formes de chômage sont souvent amenées à interagir et peuvent même s’alimenter mutuellement.
En effet, une période prolongée de chômage conjoncturel peut progressivement se transformer en chômage structurel. Lorsqu’un individu reste sans emploi pendant une longue période, ses compétences peuvent se dégrader ou devenir obsolètes, notamment dans un contexte de mutations technologiques. On parle d’“hystérèse du chômage”, un terme emprunté à la science qui désigne le phénomène par lequel un système peut avoir tendance à demeurer dans un certain état alors que la cause à l’origine de son changement d’état a cessé. Autrement dit, même après la reprise de l’activité économique, les effets du chômage conjoncturel peuvent persister, voire s’ancrer dans la durée, pour se transformer en chômage structurel.
Par ailleurs, certaines crises économiques peuvent accélérer des transformations structurelles déjà à l’œuvre. Par exemple, une récession peut précipiter la disparition de certains secteurs ou modèles économiques fragilisés, tout en favorisant l’émergence de nouveaux métiers. Dans ce contexte, les travailleurs issus des secteurs en déclin peuvent rencontrer des difficultés à se reconvertir, ce qui contribue à alimenter le chômage structurel. À l’inverse, un taux de chômage structurel élevé peut freiner la reprise économique. Une main-d’œuvre peu qualifiée ou mal adaptée aux besoins des entreprises peut limiter les capacités de production et ralentir la croissance de cette dernière. Le chômage conjoncturel met alors plus de temps à se résorber.
Comme on peut le constater, la frontière entre chômage conjoncturel et chômage structurel est finalement plus poreuse qu’il n’y paraît. Au moment de s’interroger sur les solutions pour lutter contre le chômage, il est donc impératif d’analyser ces deux réalités de manière complémentaire, et non comme des phénomènes isolés.
Quelles solutions pour lutter contre le chômage ?
Les solutions pour lutter contre le chômage conjoncturel
Comme expliqué en amont, la baisse du chômage conjoncturel implique souvent la mise en place de mesures gouvernementales visant à soutenir l’activité économique et à relancer la demande globale.
Les pouvoirs publics peuvent ainsi mettre en œuvre des politiques de relance budgétaire, en augmentant les dépenses publiques (investissements, aides aux ménages, soutien aux entreprises…) ou en réduisant certains impôts afin de stimuler la consommation et l’investissement. En parallèle, les banques centrales peuvent adopter des politiques monétaires accommodantes, en abaissant les taux d’intérêt pour faciliter l’accès au crédit et relancer la consommation.
Des dispositifs spécifiques, comme le chômage partiel, permettent également d’amortir les effets des crises en évitant les licenciements massifs et en préservant les compétences au sein des entreprises. À cela peuvent s’ajouter des mesures de soutien ciblées à certains secteurs particulièrement touchés, ainsi que des politiques de soutien au pouvoir d’achat, afin de maintenir un niveau de consommation suffisant.
L’ensemble de ces mesures vise à relancer rapidement l’activité économique, une condition sine qua non à la baisse du chômage conjoncturel.
Les solutions pour lutter contre le chômage structurel
La résorption du chômage structurel est généralement plus longue et plus complexe. Elle nécessite la mise en place de réformes de fond visant à corriger les déséquilibres du marché du travail.
Voici quelques-uns des principaux leviers qui peuvent être déployés pour réduire le chômage structurel :
- Favoriser l’accès à la formation initiale et continue afin d’adapter les compétences des travailleurs aux besoins des entreprises, notamment dans les secteurs en tension ou en forte évolution ;
- Accompagner la reconversion professionnelle et les transitions de carrière pour faciliter le passage d’un secteur en déclin vers un secteur porteur. ;
- Faciliter la mobilité géographique et professionnelle des travailleurs (logement, transport…) pour réduire les déséquilibres territoriaux entre zones d’emploi et bassins de chômage ;
- Assouplir les réglementations du marché du travail pour réduire les rigidités qui freinent les embauches et les transitions professionnelles ;
- Renforcer les politiques d’insertion et de lutte contre les discriminations à l’embauche.
Lutte contre le chômage : les limites des politiques actuelles
Face au chômage conjoncturel, des plans de relance massifs ont été déployés par l’État à plusieurs reprises. Ils ont certes permis d’éviter un effondrement de l’emploi à court terme, mais au prix d’un alourdissement considérable de la dette publique. Celle-ci s’élève aujourd’hui à plus de 3 500 milliards d’euros, soit environ 118 % du PIB (Source : Horloge de la Dette Publique). Rapporté à la population, le montant de cette dette publique dépasse ainsi les 51 000 € / habitant. La France était, en 2025, le 3ème pays le plus endetté de l’Union européenne, après la Grèce et l’Italie (Source : Insee).
À titre d’exemple, pendant la crise du Covid-19, le gouvernement a adopté une stratégie de soutien massif (le célèbre “quoi qu’il en coûte” selon la formule utilisée par Emmanuel Macron le 12 mars 2020). Les dépenses publiques ont ainsi atteint 96,4 milliards d’euros et la dette publique a augmenté de 20 points de PIB entre 2019 et 2020 (Source : Vie-publique.fr).
Il semble donc légitime de se demander si cette stratégie purement « défensive » face à la hausse du chômage conjoncturel est réellement soutenable à long terme, notamment compte tenu des marges de manœuvre budgétaires de plus en plus faibles.
Face au chômage structurel, de nombreuses mesures ont également été déployées au fil des ans, telles que :
- Des politiques de formation : création du CPF (Compte Personnel de Formation) ; développement de l’apprentissage et de l’alternance ; Plan d’investissement dans les compétences (PIC)…
- Des politiques d’allègement du coût du travail : exonérations de cotisations patronales sur les bas salaires ; mise en place du CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) ; mise en place de la Prime d’activité…
- Des politiques d’accompagnement et d’insertion : réforme de l’assurance chômage ; création du PARE (Plan d’aide au retour à l’emploi) ; contrats aidés (PEC – Parcours Emploi Compétences, CIE – Contrat Initiative Emploi)…
- Des politiques de lutte contre les inégalités territoriales : aides à la mobilité professionnelle ; exonérations sur les bénéfices en zones franches urbaines (ZFU) ; politiques de revitalisation des bassins d’emploi sinistrés…
Toutefois, ces dispositifs se heurtent, eux aussi, à certaines limites. Ils ont permis d’améliorer certains indicateurs et de fluidifier le marché du travail sur certains segments mais leurs effets restent souvent très partiels, temporaires, et s’avèrent insuffisants pour endiguer le chômage structurel face à l’ampleur et à la rapidité des mutations économiques, technologiques et sectorielles qui bouleversent le marché de l’emploi.
Des mesures visant à renforcer la flexibilité du marché du travail ont également été mises en œuvre, parmi lesquelles l’assouplissement des conditions de licenciement ; l’instauration de la rupture conventionnelle ; le développement des contrats courts (intérim, CDD…), du temps partiel et de l’auto-entrepreneuriat. Or, beaucoup de ces réformes ont paradoxalement contribué à renforcer la précarisation des salariés les plus vulnérables (dépendances aux aides sociales, contrats courts, temps partiel subi…), sans leur offrir une réelle stabilité professionnelle ni participer à la création d’emplois de qualité à grande échelle.
Et si la solution n’était donc pas de lutter contre le chômage à la marge, via des dispositifs purement palliatifs, mais plutôt d’en traiter les causes à la racine, en repensant en profondeur notre modèle économique et notre rapport à l’emploi ? C’est justement ce que propose la Sécurité Économique et Sociale (SES).
La Sécurité Économique et Sociale (SES) : un levier inédit pour résorber durablement le chômage
Le projet de loi de Sécurité Économique et Sociale (SES) repose sur un mécanisme de redistribution visant à prélever une partie de la richesse créée par les entreprises afin de la répartir de manière équitable entre l’ensemble des acteurs économiques (travailleurs indépendants, micro-entreprises, PME, ETI et grandes entreprises), via le versement d’une allocation mensuelle fixe par emploi en équivalent temps plein.
Cette allocation a donc vocation à être financée directement par les entreprises, par le biais d’une contribution proportionnelle à leur chiffre d’affaires.
Rappelons en effet que l’une des causes profondes du chômage, qu’il soit conjoncturel ou structurel, réside dans le fait que l’emploi dépend entièrement de la capacité d’une entreprise à être rentable immédiatement. Dès que la rentabilité flanche (en raison d’un ralentissement de l’activité, d’une hausse des coûts ou d’un choc externe, par exemple), l’entreprise est contrainte de réduire ses charges. Or, l’embauche est souvent le premier poste de dépenses des entreprises. Entre les frais de recrutement, les salaires, les primes, les avantages sociaux, les cotisations salariales et patronales, les congés payés et les frais de formation professionnelle, le coût salarial peut rapidement représenter jusqu’à 80 % des charges totales d’une société.
La SES propose justement de corriger cette faille pour que la totalité du salaire des travailleurs ne soit plus directement dépendante de la rentabilité immédiate de l’entreprise.
La SES comme réponse au chômage conjoncturel
En période de récession ou de choc économique, les entreprises voient leur chiffre d’affaires baisser brutalement. Sans filet de sécurité, leur réflexe est de réduire leurs coûts et en premier lieu, leurs effectifs. Or, cela amplifie la crise et crée un engrenage difficile à enrayer. En effet, les licenciements économiques réduisent le pouvoir d’achat des ménages, ce qui contracte davantage la demande, entraînant de nouveaux licenciements et une spirale récessive bien connue.
Avec la SES, une allocation fixe par emploi maintenu serait versée à l’entreprise, indépendamment de ses résultats financiers du moment. Cela pourrait radicalement modifier le raisonnement économique du dirigeant en période difficile, car conserver un salarié deviendrait moins coûteux, une partie de sa rémunération étant désormais garantie.
L’allocation pourrait ainsi jouer le rôle d’un amortisseur automatique. En absorbant une partie du choc, elle permettrait aux entreprises d’éviter les licenciements économiques massifs en période de crise financière ou de récession. Les salariés pourraient ainsi conserver leur pouvoir d’achat et continuer à consommer, soutenant la demande intérieure et accélérant la reprise de l’activité économique, sans nécessiter l’intervention de l’État pour relancer l’économie.
La SES comme réponse au chômage structurel
La Sécurité Économique et Sociale (SES) pourrait également agir sur les causes profondes du chômage structurel, à plusieurs niveaux :
- Encourager la formation et le développement de compétences : en sécurisant une partie de la masse salariale, la SES offrirait plus de marge de manœuvre aux entreprises, leur permettant d’investir plus facilement dans la formation sans craindre l’impact immédiat sur leur rentabilité. Cela permettrait d’anticiper les mutations du marché du travail plutôt que de les subir.
- Augmenter et diversifier les emplois : en allégeant le coût de chaque recrutement, la SES inciterait les entreprises à embaucher des profils variés. Elle ouvrirait ainsi la porte à des candidats en reconversion, à des profils atypiques ou moins expérimentés, souvent écartés dans une logique de rentabilité stricte.
- Sécuriser les parcours professionnels et faciliter les transitions : la sécurité apportée par la SES aux salariés les plus précaires pourrait encourager ces derniers à la reconversion professionnelle et à la prise de risque entrepreneurial, souvent freinées par l’incertitude économique.
- Abaisser le seuil de rentabilité nécessaire à l’embauche : en garantissant une allocation fixe par emploi, la SES permettrait de réduire le coût réel du travail pour les entreprises. Cela abaisserait ainsi le niveau de rentabilité exigé pour embaucher, rendant viables des activités aujourd’hui jugées trop peu profitables, telles que les métiers à utilité sociale ; les métiers du lien ; l’artisanat ; les services à la personne ; l’agriculture paysanne… Faute de marges suffisantes, ces secteurs peinent à recruter, laissant des travailleurs sans débouchés et des besoins sociaux sans réponse.
Comme nous pouvons le constater, le chômage conjoncturel et le chômage structurel obéissent à des logiques bien distinctes. Tandis que l’un est temporaire et lié aux fluctuations du cycle économique, l’autre est profond et corrélé aux déséquilibres du marché du travail. Pourtant, comme nous l’avons vu, ces deux phénomènes s’alimentent mutuellement et appellent des réponses complémentaires.
Les politiques traditionnelles ont certes permis d’atténuer les effets de certaines crises, mais elles montrent aujourd’hui leurs limites.
Alors que le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail a augmenté de +4,45 % en un an, de janvier 2025 à janvier 2026 (Source : France Travail) et que la dette publique française atteint des sommets, il est urgent de combler les failles de notre modèle économique qui fait reposer l’emploi sur la seule rentabilité immédiate des entreprises et qui délègue à l’État le soin de pallier, à grands frais, les défaillances du marché.
En dissociant partiellement le coût du travail de la seule rentabilité immédiate des entreprises, la Sécurité Économique et Sociale ouvre une voie inédite vers un emploi plus stable, plus inclusif et plus résilient face aux chocs économiques à venir.
Pour comprendre comment la SES pourrait éradiquer techniquement le chômage structurel et conjoncturel, découvrez le projet complet ici.
